Merveilleuse histoire d’accouchement

ARTICLE du CRP
Rédigé par
Marie-Hélène Perron, formatrice « Approche Relevailles »

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’une des merveilleuses expériences que j’ai vécues en tant qu’accompagnante à la naissance. Cette histoire d’accouchement a eu lieu en 2008.

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Une belle journée!

Il faisait très beau ce matin-là, au moment où la mère m’appelle pour me demander si ma fille est disponible pour garder son plus vieux. Quelques minutes plus tard, son aîné est bien installé chez moi et nous marchons au milieu du chemin de gravier qu’est notre rue de campagne. Nous marchons et jasons, comme si de rien n’était. Après une heure et demie d’un va-et-vient incessant sur notre minuscule rue, nous nous installons sur mon patio pour jaser un peu. Rapidement, son fils et mes filles nous rejoignent. Les contractions se font plus fortes, ce qui pousse même ma fille de 15 ans à dire à son amie au téléphone : je pense que je ne sortirai pas aujourd’hui. C’est qu’il est prévu que ma fille garde le fils, et que je serai son accompagnante.

Par contre, à part les contractions qui coupent certaines phrases en deux, tout semble être comme d’habitude. Nous parlons de tout et de rien, les enfants s’animent autour de nous et je prépare même un dîner que nous dégustons tous ensemble. Pour des gens nous regardant évoluer de loin, rien ne laisse transparaître que dans moins de 7 heures, cette jeune femme aura son nouveau bébé dans les bras.

Vers 13 h, lorsque son conjoint arrive, la petite famille repart chez elle dans le but de se reposer un peu. Elle m’appellera.

Des doutes font surface

C’est à cet instant qu’un vent de panique m’envahit, qu’allais-je bien pouvoir faire pour lui venir en aide, pour la soutenir… Tout à coup, je ne me sentais pas prête, pas prête du tout, malgré ma formation, malgré ma première expérience avec le couple deux ans plus tôt, malgré que nous étions préparés. Je savais ce qu’elle voulait, ce qu’elle ne voulait pas, je connaissais l’hôpital et l’approche de l’équipe médicale. J’avais confiance en la nature et surtout en elle, mais avais-je confiance en moi? Je me suis remémoré ce qu’elle m’avait dit à la suite de son premier accouchement, que ma présence, que ma main dans la sienne, même sans dire un mot, lui avait fait le plus grand bien. Je n’avais donc pas à intervenir, je n’avais qu’à être là pour elle, pour lui, pour eux.

La confiance reprend le dessus!

J’ai donc passé le reste de l’après-midi à faire mes choses, tout calmement, sachant bien qu’il se passait de grandes choses de l’autre côté de la rue. Vers 15 h 30, le téléphone sonne pour vérifier que mes filles peuvent prendre son fils en charge, mais ce n’était pas encore le moment pour moi. Quelque 30 minutes après l’arrivée du grand frère, j’ai reçu un appel qui réclamait ma présence. J’ai pris le temps de bien me préparer, en vérifiant que j’avais toutes mes choses et en prenant le temps de saluer toute ma maisonnée.

La maison dans laquelle je suis entrée était d’un calme surprenant, une musique se faisait entendre et la mère était assisse dans un coin du salon et se berçait. Je me suis installée nonchalamment un peu à l’écart du couple, bien appuyée sur le dossier du divan. Au début, entre chaque contraction, on échangeait quelques mots, quelques phrases, puis quand la vague se faisait sentir en elle, elle fermait les yeux et se laissait transporter, je faisais de même en me concentrant sur l’énergie palpable qui envahissait la maison à ce moment-là. Pour la deuxième fois, cette femme me fascinait, me transportait sans le savoir dans le monde typiquement féminin et merveilleux qu’est l’accouchement. Près de 60 minutes se sont écoulées comme cela, sans heurt, dans le calme. De temps à autre, elle changeait de position afin que son conjoint puisse lui compresser les hanches dans un mouvement corporel rappelant une danse.

On se prépare pour le dernier sprint

Vers 17 h 30, le conjoint a mis les valises dans mon camion qui était prêt à accueillir le couple. La configuration des bancs avait été changée afin que la future mère puisse s’installer à califourchon sur le siège du centre et que son conjoint puisse s’installer au sol et lui prodiguer les massages nécessaires à son bien-être durant le trajet. Durant sa courte absence, j’ai pris la relève pour les massages durant les contractions, et à son retour nous avons fait les derniers préparatifs avant le grand départ. Encore à ce moment-là, la vie suivait son cours comme d’habitude, nous mettions tous la main à la pâte pour préparer les effets personnels de dernière minute et les grignotines. La future mère y participait, ne s’arrêtant qu’aux contractions auxquelles son conjoint répondait rapidement en se plaçant derrière elle pour lui compresser les hanches. Tout était si normal, si simple qu’au moment où, à quatre pattes devant son armoire, elle cherchait un contenant plastique, elle a eu une contraction. Son conjoint debout, penché au-dessus d’elle, lui massait les hanches et, moi, je m’affairais au lunch.

À 18 h, après une dernière photo, nous avons quitté la maison en direction de l’hôpital. À 18 h 20, je les ai laissés à l’entrée principale et je suis allée me stationner. Je suis arrivée dans la salle de triage vers 18 h 30. Et là, tout est allé très vite, après un examen qui a révélé qu’elle était à 6+, il y a eu une panique au sein de l’équipe médicale, car il leur fallait faire rapidement tout leur protocole. Alors, nous sommes partis vers une chambre, ce n’était pas la bonne, nous sommes repartis vers une autre; bon ok, c’est là, tout le monde se presse autour de nous.

Soutien et compréhension

Le conjoint s’installe d’un côté du lit et moi de l’autre, je sais que c’est important pour la mère qu’elle puisse nous prendre chacun une main. Une discussion s’amorce sur le bienfait d’avoir un soluté, elle refuse. Bon, l’équipe passe à la voie ouverte, elle refuse toujours. Entre-temps, la donne a changé, les contractions sont plus longues, moins espacées et la mère émet les sons caractéristiques d’une femme qui ressent le besoin de pousser. Les infirmières s’en rendent compte et c’est le branle-bas de combat. On me chasse de ma place de prédilection et on me tasse dans un coin très loin de la mère.

Il y a du monde partout, la chambre est petite. Je dois me trouver un chemin pour me rendre jusqu’à elle et je dois faire vite, c’est qu’il est tout proche son bébé! La mère capitule, elle laisse pendre son bras pour la voie ouverte. L’infirmière dans sa hâte fait une mauvaise manœuvre et le sang coule par terre au bout de sa main pendante qui devrait serrer la mienne. C’en est trop, je dois me rendre jusqu’à elle. Je me faufile et réussis à me placer du même côté que son conjoint, derrière lui, au niveau de la tête de la mère. Mais sa main est de l’autre côté, je la vois qui cherche. Je ne peux pas aller de l’autre côté, car des tas d’instruments sont placés près du lit. Qu’à cela ne tienne, je me couche derrière elle en passant mon bras de l’autre côté du lit et lui agrippe la main. Ouf, juste à temps ! Une ou deux poussées plus tard, la tête sort et le médecin invite la nouvelle mère à saisir son bébé. Elle tâtonne, le trouve et l’amène à elle, sur elle, sur son ventre chaud. Il est à peine passé 19 h et son bébé est là parmi nous.

Je demeure avec eux quelques minutes, puis quitte la chambre pour téléphoner à la maison afin que mon conjoint prépare leur aîné et l’amène à l’hôpital rencontrer son nouveau petit frère. Cet appel fut aussi un excellent prétexte pour laisser la petite famille faire connaissance.

La simplicité d’un accouchement!

Une heure plus tard, sur le chemin du retour en compagnie de l’aîné, je me remémore cette journée. C’est surtout sa simplicité qui m’a sauté aux yeux. Non pas qu’il soit facile d’accoucher, car il est évident que cet acte de la nature est d’une intensité telle qu’il est quasiment impossible de le décrire. Mais c’était aussi d’une simplicité désarmante. En fait, je me suis dit que de donner naissance, ça faisait partie de la vie, que ce n’était pas un acte médical et que d’y avoir accès dans le calme et la plénitude de son foyer (si tel est le désir de la mère) n’était pas un privilège, mais un droit.

Je remercie cette famille pour la belle expérience que j’ai vécue avec eux. Plus particulièrement, je te remercie du fond du cœur, chère mère, de m’avoir fait confiance et d’avoir vécu cette expérience de vie en partie chez moi, devant mes filles, qui j’en suis certaine, ont beaucoup appris sans le savoir. Et je suis d’accord avec toi, c’est en allaitant, en portant, en maternant et en accouchant nos bébés devant nos filles, que nous changerons, une femme à la fois, la vision de la société encore trop masculine et médicale face à la périnatalité.

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Cet article a été publié le 21 mars 2008 sur le site de mamanpourlavie.com